Chapitre 1 – La recherche d’emploi

Entête 1

Je suis arrivée le 17 mai 2013 après-midi à l’aéroport Elliott Trudeau de Montréal pour y finaliser mon processus d’immigration, avec plusieurs objectifs en tête, dont deux principaux :

  • Trouver dès que possible une colocation correcte dans le quartier du Plateau Mont-Royal (voir l’émission de Télé-Québec « Les Bobos » pour faire connaissance au second degré avec le quartier et ses habitants !)
  • Trouver une job, de préférence dans mon domaine de compétence… avant fin octobre 2013.

Une fois installée dans un 5 ½ partagé à trois et situé à deux pas du métro Laurier, je m’attaque donc concrètement à la recherche d’emploi début juillet.

Les bobos du Plateau Mont-Royal… http://lesbobos.telequebec.tv
Les bobos du Plateau Mont-Royal… http://lesbobos.telequebec.tv

J’ai déjà réfléchi à un positionnement clair et précis : il ne s’agit pas de remettre en question mes objectifs de carrière à l’arrivée !

Je vais chercher en communication & marketing, et je décide de me positionner dans un premier temps sur des postes de Rédactrice technique ou de Coordonnatrice en communication. C’est le choix que j’avais fait suite aux différents échanges avec des professionnels RH québécois lors de la préparation de mon projet depuis la France.

Je sais que 70 à 80 % du marché de l’emploi est caché et que la clef de la réussite au Québec pour dénicher un poste passe presque obligatoirement par LE RÉSEAUTAGE !! Alors réseautons…

C’est avec plaisir que je retrouve quelques-uns des contacts rencontrés en septembre 2012 lors de mon séjour « exploratoire » à Montréal. Mais je me rends compte rapidement que, de même qu’en France, cette période de l’année n’est pas propice au recrutement : c’est l’été, les gens partent en vacances et le marché de l’emploi est plutôt… tranquille, voire… complètement mort.

Pas de nouvelles suite à la soixantaine de CV envoyés en réponse aux annonces publiées sur des sites spécialisés tels que « Isarta », le « Grenier aux Emplois » ou encore le plus général « Jobboom ». 

Vers la mi-juillet, je réponds sans trop y croire à une annonce pour un poste en Marketing trouvée par hasard sur… Facebook !… et publiée dans le groupe très éclectique des « Expatriés Français à Montréal » auquel je m’étais abonnée dès mon arrivée. Il s’agit d’un poste de « Poker Campaign Coordinator » dans une agence de publicité anglophone chargée notamment de promouvoir… des jeux de poker en ligne ! Les bureaux sont situés dans la réserve indienne de Kahnawake à environ 30 km au sud-est de Montréal, de l’autre côté du fleuve.

J’envoie mon CV, le Directeur de la Publicité me contacte pour me confirmer son intérêt, puis les Ressources Humaines me fixent un rendez-vous pour un entretien en anglais la semaine suivante.

Ce jour-là, je dois planifier mon trajet car se rendre à l’entretien est une véritable expédition ! Il faut prendre le métro jusqu’au bout de la ligne verte à Angrignon, puis la mini-navette que j’ai de la misère à trouver en sortant du métro (Panique totale !! Le terminal est immense… D’où part le bus pour Kahnawake ?? Oups, ici tout le monde parle en anglais…)

Trajet = 25 km aller
Trajet = 30 km aller

Je suis accueillie par le Team Leader (aux traits asiatiques et originaire de Colombie-Britannique) et par mon contact initial, le Directeur Publicité français.

Il y a bien longtemps que je n’ai pas pratiqué l’anglais (une dizaine d’années, ou davantage peut-être ?) et je cherche mes mots car je tiens à exprimer mes idées avec précision.

Première question et non des moindres : « Est-ce que vous savez jouer au poker ? » – Euh… non, mais ça m’intéresse vraiment beaucoup et j’apprends vite !! Je ne me rends compte qu’après l’entrevue que j’ai confondu « gamer » et « gambler ». J’ai donc affirmé avec force, conviction et à mon insu que je serais disposée à être une très grande testeuse… de jeux vidéo.

On me pose ensuite les questions habituelles sur mon parcours, ma motivation, mes défauts et mes qualités, pour quelles raisons je devrais être « la » personne choisie pour le poste, mes objectifs en termes d’évolution de carrière dans les cinq prochaines années… et là, je réponds en désignant le Team Leader assis en face de moi que je pourrais très bien me retrouver à occuper sa place ! Plus tard on me dira que j’avais commis là une grave erreur. Pourtant, sur le moment, la réponse ne me semble pas choquante, et mes interlocuteurs se contentent d’ailleurs de sourire sans paraitre le moins du monde perturbés.

Une demi-heure plus tard, je suis libérée et un taxi m’attend pour me raccompagner jusqu’au terminal de bus d’Angrignon. Mes impressions suite à cet entretien pour le moins original ? Un frein important pour moi : un trajet qui me paraitra terriblement long à la longue et en particulier en hiver (plus de 3 heures aller-retour) ; du côté de l’entreprise, j’imagine que l’on va me préférer un candidat masculin, joueur de poker averti déjà bien introduit dans le milieu : difficile pour une femme non initiée aux « jeux d’argent » de s’imposer dans ce domaine si particulier.

Tout compte fait, ai-je vraiment le goût de gérer la promotion de jeux de poker en ligne… ? Je me pose la question… mais pas bien longtemps car moins d’une semaine plus tard, je reçois un courriel de la RH qui m’apprend sans surprise que ma candidature n’a pas été retenue pour le poste.

Retour à la case départ donc… Retour à mes CV que je dois travailler et à Linkedin que je dois apprendre à mieux utiliser pour me créer un réseau.

Je réalise aussi que j’ai besoin d’une structure, d’un accompagnement et d’un rythme de travail plus régulier pour être réellement efficace. Et puis les techniques de recherche d’emploi varient d’un pays à l’autre : je pense sincèrement être une experte en France, mais ici… c’est différent : il y a des « trucs » à connaître, des gaffes à ne pas commettre, des codes à respecter, etc.

Je contacte donc un organisme d’aide à la recherche d’emploi (Centre de Recherche d’Emploi de l’Est – CREE) qui me propose dans un premier temps un suivi personnalisé en individuel. Je commence quelques séances avec une conseillère qui m’aide à synthétiser mon CV, puis on m’appelle pour me proposer de participer à des ateliers collectifs. J’accepte, cela ne peut que m’être bénéfique.

De 9h00 à 15h00 pendant près d’un mois, j’entame une réflexion approfondie sur ma carrière et mon métier avec un groupe de nouveaux arrivants d’Algérie, du Maroc et de Colombie. Jean-François, notre conseiller dynamique et rompu aux pratiques interculturelles, anime le groupe et nous fournit les outils, les conseils et le soutien moral qui font défaut lorsque l’on se cantonne à mener tout seul ses recherches depuis chez soi.

J’établis mon profil professionnel « R.I.A.S.E.C »[1] à l’aide d’un questionnaire que nous remet notre conseiller (je suis artiste-sociale-investigatrice, mais je crois que le savais déjà ;-)) Nous faisons également des simulations d’entretiens filmés qui s’avèrent très formatrices. Cela nous permet de nous améliorer, sous le regard bienveillant de notre conseiller qui pratique toujours la critique constructive et sait valoriser nos points forts.

On nous pousse aussi à passer à l’action en contactant directement par téléphone des professionnels identifiés et ciblés susceptibles de nous recommander aux Ressources Humaines lorsqu’un poste adapté à notre profil sera à pourvoir dans sa compagnie. C’est cela l’objectif du réseautage : se positionner en amont sur des postes où on pensera à nous parce qu’on nous connaît déjà, ce qui évite au recruteur de passer par un processus de recrutement long et coûteux, et à nous d’être confronté à la concurrence !

Important pour moi par ailleurs : je réalise que depuis mon arrivée au Québec, je fonctionne beaucoup plus au « ressenti » qu’en France et je me sens plus libre de me questionner sur le genre de travail qui me conviendrait et me plairait d’exercer. En France en revanche, je cherchais simplement à gagner ma vie…

J’ai la sensation qu’ici tout est possible à condition d’être passionné, efficace dans son domaine et de travailler dur pour réussir. De plus, par chance, les métiers que je peux exercer ne sont pas régis par un ordre professionnel, je suis polyvalente et j’ai déjà souvent tout recommencé de zéro, ce qui peut aujourd’hui être un atout et faciliter mon insertion sur le marché du travail.

Aujourd’hui je viens d’accepter un stage en communication de quatre semaines non rémunéré via le programme « Interconnexion » de la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain. J’espère que cette expérience sera bénéfique pour la suite de mes recherches ; si elle n’aboutit pas à la signature d’un contrat, elle me permettra au moins de mentionner sur mon CV la fameuse première expérience québécoise (celle destinée à rassurer les recruteurs).

FTM


[1] Profil RIASEC : Le profil de chacun est basé sur la typologie professionnelle RIASEC, aussi appelée la typologie de Holland (nom du chercheur fondateur). Le code RIASEC distingue six différents types de personnalité : (R) réaliste, (I) investigateur, (A) artistique, (S) social, (E) entreprenant et (C) conventionnel. Selon Holland – et de nombreuses recherches l’ont confirmé – le choix d’un métier ou d’une profession est une forme d’expression de la personnalité d’un individu. L’appartenance à l’un ou l’autre des six types serait déterminée par nos habiletés, par certains traits de personnalité et par nos intérêts. Chaque profession est donc une combinaison de plusieurs types.

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MÉMO DU NOUVEL ARRIVANT

1 – Accueil à l’arrivée à l’aéroport

À son arrivée à l’aéroport, après son admission par l’Agence des services frontaliers du Canada, le nouvel arrivant (résident permanent) doit s’adresser au service d’accueil à l’aéroport du Ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC).

Un préposé du service d’accueil du ministère remet alors au nouvel arrivant une liste de coordonnées utiles, le guide « Apprendre le Québec » ainsi qu’un dépliant sur les valeurs de la société québécoise et l’informe des démarches à effectuer pour obtenir ses cartes d’assurance maladie et d’assurance sociale. Il inscrit ensuite le résident permanent à une entrevue d’accueil et d’aide à l’établissement ou à une séance d’information sur les premières démarches d’installation dans un des centres d’accueil proche de son futur domicile.

2 – Réunion d’accueil du MICC

La réunion d’accueil a lieu dans les jours qui suivent l’arrivée à Montréal. Elle dure une demi-journée, est très générale et reprend les éléments du petit guide « Apprendre le Québec ». À l’issue de la réunion, on propose au nouvel arrivant de s’inscrire à la formation de cinq jours « Objectif intégration emploi ».

3 – Formation « Objectif Intégration Emploi » du MICC

 La formation dure 5 jours à temps plein et a pour mission de :

.  Se familiariser avec les caractéristiques du monde du travail québécois,
. Mieux comprendre les orientations culturelles et les valeurs communes de la société québécoise,
. Comprendre les liens entre les orientations culturelles, les valeurs et le milieu de travail,
. Connaître et savoir utiliser différents outils, moyens et ressources pour favoriser son intégration en emploi.

En fin de session, il est proposé aux résidents permanents de s’inscrire auprès d’un organisme pour participer à des ateliers de recherche d’emploi individuels ou collectifs.

4 – Accompagnement à la recherche d’emploi

 Plusieurs organismes financés par le Ministère de l’Immigration et des Communautés Culturelles du Québec proposent aux immigrants des ateliers de recherche d’emploi d’une durée de trois semaines visant à développer l’autonomie des participants à se trouver un emploi. L’atelier peut être suivi d’un accompagnement individuel sur une période de quelques mois.

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